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Dec 04
Les FARC demandent pardon pour le massacre commis à La Chinita, quartier populaire d'Apartadó

Ce vendredi 30 septembre 2016, PBI a été invité à la cérémonie de reconnaissance de responsabilité et de demande de pardon pour un massacre commis dans un quartier d'Apartadó, La Chinita. Ce quartier était connu pour être habité par des démobilisés du mouvement de guérilla Ejercito Popular de Liberación (EPL), qui a rendu les armes dans le processus de démobilisation de plusieurs guérillas au début des années 1990. L'EPL s'était alors transformé en un mouvement politique, Esperanza, Paz y Libertad.[1]

Le 23 janvier 1994, lors d'une fête de quartier, plusieurs membres des FARC sont entrés et ont tiré aveuglement, tuant 34 hommes et une femme. La guérilla avait justifié ce massacre en accusant les victimes d'avoir rejoint des groupes paramilitaires et d'être devenus des commandos urbains. L'association des victimes du massacre de La Chinita s'est rendue à La Havane, lors des récentes négociations de paix, et a impulsé une demande de pardon de la part des FARC.

Depuis la fin des négociations de La Havane, les FARC ont organisé des cérémonies de demande de pardon pour plusieurs massacres dont la population civile a été la victime.

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La journée à La Chinita a commencé par une marche commémorative depuis la rue où a eu lieu le massacre jusqu'au collège San Pedro Valez où se déroula la cérémonie. Il y eut dans un premier temps une réunion privée entre la délégation des FARC, les représentants du gouvernement et l'association des victimes. Ensuite eut lieu la cérémonie publique, au cours de laquelle la présidente de l'association prit la parole pour expliquer le processus de réconciliation et de pardon.

Ivan Marquez, quant à lui, a demandé pardon au nom des FARC pour ce crime atroce qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Il a aussi insisté sur le fait que cet acte n'avait jamais été ordonné par le commandement du groupe guérillero.[2] Il a ensuite parlé de la paix et de l'engagement du groupe à construire la paix et à renoncer aux armes.

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Plusieurs parents de victimes ont témoigné de leur souffrance et de leur soutien au processus de paix ; ainsi que du fait qu'ils ont pardonné et que pour eux la paix est importante pour construire un futur meilleur pour leurs enfants. Ils ont remercié les FARC pour cet acte et ont appelé les autres acteurs (paramilitaires et étatiques) responsables de crimes contre la population civile à en faire autant. Il y a eu du théâtre, de la musique, de la danse et surtout beaucoup d'émotion.

Ce fut une journée d'espoir.

Nathalie

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[1] Espoir, Paix et Liberté

[2] Voir "Vingt ans après Chinita, l'excuse des FARC", Euronews, et pour quelques photos: "Así fue el acto de perdon de las FARC por masacre de la Chinita", El Espectador

Nov 30
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Oct 30
Espoir et inquiétude face au processus de paix avec les FARC

La Colombie est en train d’écrire son histoire…

Comme certains doivent le savoir, le gouvernement colombien a entamé des négociations de paix avec la guérilla des Farc en 2012… Le 24 août celles-ci ont abouti a un accord de paix, et le peuple colombien a été invité à l'approuver, ou pas, lors d'un référendum ce 2 octobre. Ces derniers mois, il y avait beaucoup d'impatience par rapport à la fin des négociations.

Le 23 juin dernier, le gouvernement a annoncé avoir trouvé un accord sur la fin du conflit armé et sur le cessez-le-feu bilatéral. Ce premier pas vers la paix a provoqué de grandes joies dans le pays. Ensuite le 24 août, il y a eu une conférence de presse depuis La Havane, où se déroulaient les discussions, au cours de laquelle les délégations du gouvernement colombien et des Farc ont annoncé que tous les points de l'agenda des négociations avaient été finalisés. Le 29 août, le cessez-le-feu bilatéral est entré en vigueur.  Enfin, le 26 septembre, a eu lieu la cérémonie de signature de cet Accord entre le Président Santos et le chef des FARC à Carthagène, dans le nord de la Colombie.

Qui a peur de la paix ?

Un point important, c'est que le Président a toujours insisté sur le fait que cet Accord devait être approuvé par le peuple colombien. Après cette signature, nous avons assisté à une campagne pour inviter à voter Oui et une autre pour voter Non[1]. Bien qu'il soit difficile de comprendre pourquoi voter non à un Accord de paix, il s'agit avant tout des doutes de certains Colombiens, face à la volonté de l'Etat, à la justice transitionnelle proposée et à la participation politique des FARC, entre autres.  En effet, la justice transitionnelle implique des concessions, certaines amnisties, et des peines alternatives, ce qui ne plaît pas toujours. Cependant il a toujours été stipulé que les responsables de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et autres violations graves des droits de l'homme devront répondre de leurs actes face à la justice.

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Il y a également certaines inquiétudes quant aux garanties de sécurité, l'histoire des différentes démobilisations en Colombie a souvent été synonyme de plus de violences et d'assassinats de leaders politiques, militants et défenseurs des droits humains. D'ailleurs, les quelques semaines qui ont suivi l'annonce de la fin des négociations, plusieurs leaders régionaux et défenseurs des droits humains ont été assassinés.

Pour un développement du  débat entre le oui et le non, voir cet article.

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Dans les zones rurales, les craintes principales sont causées avant tout par la présence permanente, de plus en plus visible, de groupes néo-paramilitaires. La Commission Inter-ecclésiale de Justice et Paix (CIJP) a organisé des ateliers pédagogiques sur les Accord de paix, où ils ont expliqué aux communautés qu'on a prévu dans les Accords de La Havane une Unité de Recherche et d'Analyse pour démonter le phénomène paramilitaire ainsi qu'une Commission de suivi du « Démontage du paramilitarisme », composée par des représentants des FARC et du gouvernement, des représentants d'organisations de victimes du paramilitarisme, et des experts académiques.

Victoire du non!

Alors que je terminais d’écrire ces lignes, nous avons appris avec stupéfaction la victoire du Non au référendum du dimanche 2 octobre. Depuis, le pays baigne dans l’incertitude . Les partisans du Non sont invités à se prononcer et exposer leurs propositions pour améliorer l’Accord de paix,[1] pendant que des milliers de personnes manifestent dans les rues de différentes villes du pays pour afficher leur soutien au processus de paix.

 Le Nobel pour sauver la paix ?

Ce vendredi 7 octobre, le Président Santos a reçu le prix Nobel de la Paix pour les efforts accomplis afin de conclure une paix durable avec la guérilla des FARC ; le comité a précisé qu’il s’agissait d’un hommage au  peuple colombien. En espérant qu’avant la fin du mois, des solutions constructives soient trouvées, avec la participation de la société civile, afin que la Colombie puisse tourner la page d’un conflit vieux de 52 ans.

Nathalie

[1] “En Colombie, le chemin (bis) vers la paix”, Libération, http://www.liberation.fr/planete/2016/10/03/en-colombie-le-chemin-bis-vers-la-paix_1519367


Jun 12
Retour en Colombie

Nath_ID.jpgCeux qui me connaissent bien savent que la Colombie est un pays qui m'a beaucoup touchée. J'y ai atterri pour la première fois il y a presque sept ans et je lui ai depuis voué un intérêt particulier. Quelque chose de magique… Un pays très mal connu et très mal perçu - les médias ont beaucoup contribué à cette mauvaise image. Et pourtant … c'est un pays incroyable et un peuple chaleureux. Les choses changent depuis quelques années, son image s'améliore, mais cependant la situation en Colombie n'est toujours pas au top. C'est en raison de cette relation spéciale que j'ai avec ce pays, qui m'a beaucoup apporté et paradoxalement m'a apporté beaucoup de paix, qu'à mon tour j'ai voulu lui apporter quelque chose. Et j'ai voulu devenir une « brigadiste » de PBI.

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Peace Brigades International (voir le blog)  est en Colombie depuis plus de 20 ans, et travaille pour la défense des défenseurs des droits humains. En effet, c'est un pays où être défenseur des droits de l'homme, défendre une cause sociale, est parfois mal vu; et les défenseurs sont souvent accusés de complicité avec les guérilleros.

La Colombie connaît un conflit depuis plus de 50 ans, et il est vrai qu'il peut être difficile pour nous de comprendre comment un conflit change la structure de base de la société, rompt le tissu social et crée de nouveaux paradigmes dans les relations des uns envers les autres, mais aussi envers la politique et le social. De plus ici, on  ne peut que constater un vieil héritage de la lutte contre le communisme - la peur du communiste est encore vive.

Si la Colombie traverse une période plus calme suite aux négociations de paix entre le gouvernement et la guérilla des FARC, la violence semble néanmoins faire partie de sa structure, tant elle est visible et se perpétue[2]. Tout d'abord car il reste une guérilla, Ejército de Liberación Nacional – ELN- qui tente aussi d'entrer en négociation avec le gouvernement, et qui pour ce faire est en train de montrer sa capacité guerrière en multipliant des combats et autres actes de violences.

Et puis il y a les structures « néo-paramilitaires » qui font de plus en plus parler d'elles. Les paramilitaires, des milices d'autodéfense créées au cours des années 1970-80 et consolidées au cours des années 1990, ont été d'une violence inouïe. Elles ont été impulsées par des riches propriétaires terriens, souvent attaqués par la guérilla, qui ont décidé, face à l'absence d'une réponse étatique, de créer leur propre modèle de défense. Cependant, ils en ont profité pour s'approprier plus de terre en organisant des déplacements forcés de dizaines de communautés, en organisant des massacres pour créer un climat de terreur généralisé, tout cela couronné par le contrôle du narco-trafic.[3] (*)

Je suis actuellement dans la région d'Urabá, c'est le Nord-ouest du pays, près de la frontière du Panamá. Région qui a été ravagée par la violence en raison de sa richesse en matières premières, mais aussi de l'importance du narcotrafic - la proximité des deux océans et de la frontière du Panamá en a fait une zone privilégiée pour le narcotrafic. C'est connu aussi comme étant la « république bananière »; d'ailleurs quand on atterrit, on croit atterrir dans un champ de bananes. C'est aussi un endroit où on a tenté d'imposer la culture massive de l'huile de palme et autres grandes monocultures (maïs, manioc…) et l'élevage à grande échelle. Et à cela s'ajoute l'exploitation du bois et des minerais.

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La ville d'Apartadó où je réside fait partie du département d'Antioquia, le plus riche du pays, et se trouve juste à côté du Chocó, le plus pauvre. Avec le post-conflit qui semble arriver (bien que difficile d'envisager qu'il s'agisse vraiment d'un post-conflit, vu que d'autres groupes armés persistent dans la violence), on prévoit que l'économie d'Urabá croîtra de plus de 15%[4], et le gouvernement met en place plusieurs projets de développement d'infrastructures (routes, port..) afin d'améliorer la compétitivité du pays au niveau mondial. Les grandes entreprises multinationales ont aussi un rôle dans la violence du pays. Mais c'est un point que je développerai une autre fois.

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Les paramilitaires ont eu une forte présence dans la région et c'est ici que le groupe actuel, les Autodéfenses Gaitanistes de Colombie[5] - AGC- ont leur berceau. Le 31 mars dernier, afin de démontrer leur force, ils ont imposé « une grève armée »[6] dans toute la région et la région des Caraïbes; huit départements ont été touchés.

Ils ont envoyé des petites notes à tout le monde afin de leur conseiller de rester chez eux, de ne pas sortir, de fermer les commerces, les écoles et les universités ; les messages ont aussi été transmis à travers les réseaux sociaux. Les quelques personnes qui ont décidé d'ouvrir leur commerce malgré tout ont vite été menacées et contraintes de fermer sous peine d'être assassinées. Cinq personnes ont d'ailleurs été tuées lors de ces jours où tout s'est arrêté.

Les AGC voulaient avant tout montrer leur puissance au gouvernement, et revendiquent d'être reconnus comme "groupe armé". C'est chose faite puisque le 5 mai dernier, une directive (N°15) a été adoptée par le Ministère de la Défense, qui affirme qu'il ne s'agit plus de BACRIM (bande criminelle) mais de « Groupe Armé Organisé (GAO) », et qu'au lieu de la police, c'est l'armée qui aura pour tâche de les combattre[7]

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Dans le cadre de la construction de la paix, il existe une Loi des Victimes et de Restitution des Terres, selon laquelle toutes les personnes qui ont été forcées de quitter leurs terres peuvent aujourd'hui les réclamer.  Ce processus n'est pas vraiment un succès et les propriétaires terriens, et autres personnes qui ont acquis ces terres volées, s'opposent farouchement à cette restitution des terres. Et comme la violence est un moyen utilisé depuis longtemps pour arriver à ses fins, c'est par ce moyen qu'ils le font : en menaçant et en intimidant les personnes qui réclament leurs terres.

Et PBI dans tout ça ?

 Comme je le disais plus haut, PBI accompagne des défenseurs des droits de l'homme qui sont menacés en raison de leur engagement et leur travail. Nous les accompagnons physiquement, comme des gardes du corps non-armés, afin que la présence de « témoins » étrangers ait un effet dissuasif vis-à-vis de l'agresseur. Et nous faisons du plaidoyer en faveur de ces personnes au niveau national et international.

PBI a, en effet, un réseau international ; nous avons des bureaux de représentation à Washington DC et à Bruxelles, et nous comptons sur le soutien de différents groupes nationaux dans plusieurs pays, surtout européens. Nous avons un Réseau de Soutien composé de politiciens, eurodéputés, personnes engagées et influentes, à qui nous transmettons nos préoccupations lorsque nous sommes témoins de graves violations de droits humains, pour qu'ils puissent faire pression sur le gouvernement colombien pour qu'il prenne des mesures de protection en faveur des victimes. Tout un programme !

                Nathalie

Comme vous le savez sans doute PBI est une ONG qui a besoin de soutien ! Donc, si le projet vous intéresse, n'hésitez pas à me soutenir… Faites un don, ou un petit versement mensuel de quelques euros au compte BE07 0011 0164 5366 de PBI Belgium, vous pouvez le faire en ajoutant la communication « Soutien au Projet Colombie" ou "Soutien à Nathalie Bienfait projet Colombie ». Merci d'avance pour votre confiance.

(*) Ces groupes ont commencé à se démobiliser entre 2003 et 2006, mais malheureusement, beaucoup ont ensuite renoncé à se dissoudre, ou se sont très vite réorganisés pour créer de nouveaux groupes armés. Ils étaient jusqu’à présent qualifiés par le gouvernement colombien de « bandes criminelles » - BACRIM – qualificatif qui ne leur reconnaissait aucun rôle « militaire ».

Cela a une implication sur la manière dont ces groupes sont combattus. Si les guérillas sont des acteurs armés, le Droit International Humanitaire, ou droit de la guerre, est d'application; et c’est l’armée qui est en charge de les combattre. Les BACRIM étaient uniquement poursuivies par la police, puisqu’il s’agit de délinquance commune et de narcotrafic. 

Cependant, ces groupes ont petit à petit repris de la force, ils contrôlent plusieurs territoires, utilisent un uniforme, sont lourdement armés, et obéissent à un commandement divisé en différents fronts. Ils revendiquent depuis longtemps d’être reconnus comme acteurs armés et d’être inclus dans un processus de négociation.

Les FARC affirment que ces groupes « néo-paramilitaires » constituent actuellement un des principaux obstacles à la paix[8]. Tant que le gouvernement ne décide pas de les combattre et de les démanteler, ils ne se démobiliseront pas. Car il existe aussi en Colombie une longue histoire de démobilisés assassinés.

Les AGC sont aussi responsables de graves violations des droits de l'homme, ils continuent le narcotrafic mais se nourrissent d'autres activités illégales (notamment l'extorsion des commerçants, le trafic des migrants, des minerais, etc.).

[1] Voir le blog https://pbicolombia.org/

[2] Voir article de RFI, « La Colombie: vers une paix violente? », http://www.rfi.fr/hebdo/20160422-colombie-vers-une-paix-violente-farc-eln-narcotrafic-bacrim-usuga ; « La Colombie, le pays où sont le plus assassinés les défenseurs de droits humains», http://pacifista.co/colombia-es-el-pais-donde-matan-mas-defensores-de-ddhh/ ; voir aussi le rapport fait par le Cinep (Centre d'investigation et d'éducation populaire » sur la guerre psychologique à l'encontre des défenseurs de droits humains, http://www.elespectador.com/noticias/judicial/empezo-guerra-psicologica-contra-defensores-de-derechos-articulo-627049 – en espagnol

[3] Voir http://www.alterinfo.net/Colombie-les-paramilitaires-demobilises_a13312.html ;

[4] http://www.elcolombiano.com/antioquia/uraba-espera-crecimiento-economico-del-15-en-4-anos-FB3276502

[5] Du leader Jorge Eilecer Gaitan, leader populiste assassiné en 1948 et qui pour beaucoup marque le début du conflit armé actuel de Colombie

[6] Voir http://www.lefigaro.fr/international/2016/04/04/01003-20160404ARTFIG00006-demonstration-de-force-des-paramilitaires-colombiens.php

[7] Voir http://www.rfi.fr/ameriques/20160506-colombie-autorise-bombardements-contre-trois-principaux-gangs-bacrim

[8] Voir http://www.tvanouvelles.ca/2016/01/21/les-farc-veulent-mettre-fin-a-la-menace-des-paramilitaires ; http://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/201409/02/01-4796508-colombie-les-farc-reclament-la-suppression-totale-des-groupes-paramilitaires.php